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Ava Saifoudine
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Des agents IA prennent déjà des décisions de crédit : notre table ronde aux French FinTech Weeks

Le 9 octobre, dans le cadre des French FinTech Weeks (#FFTW26), Defacto, Memo Bank et Linklaters co-organisaient une table ronde dans les locaux de Linklaters, sur un sujet concret : « Commerce agentique : du crédit au paiement, quand l’agent IA passe à l’action ».

Autour de la table :

  • Charlotte Gounot, Directrice Générale Déléguée de Defacto
  • Pierre Darbre, Directeur des risques de Memo Bank
  • Marc Perrone, Associé Réglementation bancaire et financière chez Linklaters
  • Pierre-Yves Platini, MindFintech, à l’animation

Voici ce qu’il faut en retenir.

À retenir

  • Les agents IA prennent déjà des décisions financières réelles : validation de prêts chez Defacto, exploration et actions sur les comptes chez Memo Bank.
  • L’autonomie n’a de sens qu’avec un cadre : une politique par agent, un contrôle par un second agent ou un humain, des décisions documentées.
  • Le droit existant s’applique déjà : responsabilité contractuelle, contrôle interne, distinction fournisseur et déployeur.
  • Le paiement par agent attend surtout une solution technique pour l’authentification forte.
  • Le défi principal reste l’adoption : des usages simples, transparents et utiles.

1. L’agentique financière est déjà en production

Chez Memo Bank, la machine paie déjà

Memo Bank a été conçue dès le départ comme une banque programmable, lisible et opérable par des machines. Résultat : près de 5 milliards d’euros de paiements par mois, dont plus des trois quarts déclenchés par des machines, via API.

La banque a ajouté un serveur MCP en septembre. Le client y connecte l’agent de son choix et interroge sa banque en langage naturel : « sors-moi tous les paiements à l’étranger de plus de X euros », « quelles opérations n’ont pas encore de justificatif ? ». L’agent peut aussi rattacher automatiquement des factures aux bonnes transactions.

En revanche, pas de paiement par agent à ce stade, pour des raisons de sécurité. Pierre Darbre l’a résumé simplement : l’API reste 100 % déterministe, donc adaptée aux usages critiques. L’agent, lui, choisit.

Chez Defacto, des agents valident des prêts

Defacto finance le BFR des entreprises de façon entièrement automatisée : environ 27 secondes pour une réponse d’éligibilité, moins de 3 secondes pour une demande de financement.

Avant les agents, 95 à 97 % des opérations étaient déjà automatisées. Les 3 à 5 % restants, les « zones grises », étaient revus chaque jour par un loan validator humain. Avec des centaines de milliers de prêts par an, cela représentait jusqu’à une journée de travail quotidienne, soit un ETP sur une équipe de 30 personnes.

Depuis février 2026, un framework d’agents a pris le relais :

  • 18 agents en production
  • une dizaine d’autres développés puis éteints, car pas assez rentables
  • un taux d’automatisation porté jusqu’à 99,5 %

L’agent loan validator a d’abord émis des avis, revus par un humain. Aujourd’hui, il décide. Les fonds partent ensuite instantanément.

Un point à retenir : un agent a un coût. S’il consomme plus de tokens qu’il ne crée de valeur, il faut savoir l’éteindre.

Côté régulation : pas de vide juridique

Marc Perrone a dressé le panorama :

  • le règlement européen sur l’IA (AI Act) pose la première pierre, mais les obligations sur les systèmes « haut risque » (scoring, décision de financement) sont reportées à fin 2027 ou 2028
  • la directive sur les produits défectueux assimile désormais les systèmes d’IA à des produits
  • la directive spécifique sur la responsabilité IA a été repoussée

Pour autant, le régulateur n’est pas démuni. Le contrôle interne s’applique déjà : utiliser un agent, c’est créer un risque qu’il faut maîtriser avant de le déployer.

2. Plus d’autonomie, pas moins de contrôle

Une politique par agent

Chez Defacto, chaque agent évolue dans le cadre d’une politique écrite, validée par les instances et transmise à l’ACPR, comme n’importe quelle politique de crédit. Elle définit :

  • qui peut prendre la décision
  • dans quel cadre
  • ce qui est autorisé ou non
  • le mode de validation

Un agent qui contrôle l’agent

Un agent optimise pour une finalité. Pour vérifier qu’il reste dans son cadre, Defacto ajoute un deuxième agent de contrôle, une sorte d’« ACPR interne ». Pour certaines décisions, ce contrôleur est obligatoirement un humain : le CRO, la finance, le recouvrement.

Un troisième agent, purement technique, vérifie que les deux premiers ont bien documenté leurs décisions.

Plus explicable qu’un humain

On reproche souvent aux agents d’être des boîtes noires. Charlotte Gounot a défendu l’inverse : chaque décision est accompagnée d’une note qui précise les données utilisées, leur source et leur fraîcheur. Là où un humain pressé écrivait « bon client historique, pas d’alerte », l’agent documente tout. Les notes de décision sont meilleures qu’avant.

Le mandat, au sens juridique

Marc Perrone a remis les mots à leur place. En droit français, le mandat consiste à donner à une autre personne le pouvoir de conclure des actes juridiques pour son compte. Or un agent IA n’a pas de personnalité juridique.

  • Si un établissement développe et utilise son propre agent, il n’y a pas de mandat : c’est l’établissement qui décide, comme avec un salarié.
  • S’il utilise l’agent d’un tiers, c’est un contrat de prestation de services : sa responsabilité envers son client reste entière, mais il peut se retourner contre son fournisseur.
  • Si le client branche son propre agent sur l’API d’une banque, c’est le client qui est responsable, dans les conditions de son contrat.

Côté banque : des droits, pas plus

Chez Memo Bank, l’agent d’un utilisateur agit au maximum avec les droits de cet utilisateur. Ses actions sont distinguées de celles de l’humain, comme un sous-profil.

Pour aller vers le paiement, la banque envisage d’abord un mode copilote : l’agent prépare les virements, l’humain valide. Le frein actuel est surtout technique : il n’existe pas encore de solution simple pour que l’agent s’interrompe et renvoie vers l’authentification forte.

3. Et quand l’agent se trompe ?

Le droit existant s’applique

Marc Perrone a pris l’exemple de la rupture de crédit. Un banquier doit respecter un préavis de 60 jours, sauf comportement gravement répréhensible ou situation irrémédiablement compromise.

Un agent sait facilement appliquer un préavis ou détecter une procédure collective. Il lui est beaucoup plus difficile d’apprécier un comportement répréhensible, ou de savoir que le client négocie un contrat décisif. Sans compter l’erreur pure : hallucination, bug, crédit coupé à tort.

Dans tous ces cas, le juge appréciera au cas par cas, avec un aléa : prouver des éléments techniques devant des non-spécialistes. Côté régulateur, le déployeur a déjà des obligations, comme cartographier les agents qu’il utilise.

Placer le contrôle au bon moment

Memo Bank a déplacé sa lutte contre la fraude : non plus au moment du paiement, mais à la création ou la modification d’un bénéficiaire. C’est là que le client a « la tête froide ». Face à une fraude au président, ajouter de la friction au moment du virement ne sert à rien : la victime manipulée cliquera partout.

Demain, l’enjeu sera d’éduquer les agents des clients à réagir à ces signaux de risque.

Le financement, plus tolérant que le paiement

Charlotte Gounot l’a souligné : si un prêteur verse des fonds que le client ne voulait pas, le client les rend. Un paiement envoyé à un tiers par erreur est bien plus difficile à récupérer.

Le risque change-t-il de nature ?

Pour Defacto, non. Il peut même baisser. Un humain peut changer trois fois de version sur ce qu’il a fait. Un agent dont chaque étape est tracée, non.

Et pour éviter qu’un agent tourne en boucle, la solution est simple : limiter son temps de session ou sa consommation de tokens. Memo Bank a d’ailleurs déjà repéré l’agent d’un client qui multipliait les appels sans raison. Limiter les requêtes fait partie de la réponse.

4. Le vrai sujet : la confiance et l’usage

Tous les intervenants se sont rejoints sur un point : la technologie n’est pas le principal frein.

Côté Defacto, les agents client arrivent par étapes. D’abord des assistants pour comprendre son BFR, son profil de trésorerie, son DSO, et choisir entre un financement à 45 jours, 60 jours ou 6 mois. Ensuite seulement, quand les usages seront mûrs, des agents capables de faire une demande de financement au nom du client, dans un cadre de délégation défini.

Pourquoi pas tout de suite ? Parce qu’un prêt crée des écritures comptables. Ce n’est pas neutre pour une entreprise. Dans le e-commerce aussi, beaucoup de bruit, mais peu d’achats réels délégués à des agents : les gens veulent valider quand l’argent quitte leur compte.

Les clés, selon les intervenants :

  • transparence et consentement à l’entrée en relation
  • un client conscient de ce qu’il délègue
  • des contrats simples, pas 40 pages, mais opposables
  • un travail de place pour éviter les usines à gaz

Defacto Core : notre framework, pour les banques et les factors

Le framework d’agents présenté lors de cette table ronde n’est pas réservé à Defacto. Avec Defacto Core, banques, factors et établissements de paiement peuvent s’appuyer sur notre infrastructure de crédit et notre cadre d’agents pour automatiser leurs propres décisions, de façon conforme et à grande échelle.

Découvrir Defacto Core

Un grand merci à Pierre Darbre (Memo Bank), Marc Perrone (Linklaters) et Pierre-Yves Platini (MindFintech) pour la richesse des échanges, à Memo Bank et Linklaters pour la co-organisation, à Linklaters pour l’accueil dans ses locaux, et à France FinTech, l’ACPR et l’AMF, qui co-organisent les French FinTech Weeks.

Source : table ronde co-organisée par Defacto, Memo Bank et Linklaters le 9 octobre 2026, chez Linklaters Paris.

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